
En 1965, Roland Giguère reprennait six de ses recueils autrefois publiés aux Éditions Erta pour les regrouper dans L’âge de la parole (L’Hexagone) une rétrospective mariant des poèmes anciens et inédits sans toutefois reproduire l’iconographie omniprésente dans les recueils initiaux. Réactualisant ainsi sa conception de la poésie en plus de circonscrire la première période de son aventure créatrice, le poète, artisan et éditeur livrait un recueil dont le dynamisme repose sur la tension entre rupture et renouvellement . La présente étude désire faire le pont entre les divers moments de création d’un artiste exemplaire chez qui, même lorsque occultée, l’image convoque constamment le texte, avec lequel elle élabore un inépuisable dialogue.
Catherine Morency a pratiqué le journalisme et la critique littéraire
avant de se tourner vers la création et l’étude des textes.
Après avoir complété un mémoire de maîtrise
à l’Université Laval, elle poursuit des études
doctorales à l’Université de Montréal et travaille
actuellement à une thèse portant sur la question du larvaire
dans la poésie québécoise moderne.
L'atelier de L'âge de la parole
Poétique du recueil chez Roland Giguère
Catherine Morency
Accompagné d'oeuvres de Roland Giguère
2006, 128 pages, 12,8 x 20,2 cm
Collection Le Dire
ISBN 978-2-922265-39-2
19,95$

Un laboratoire conceptuel inédit
Le
livre est une passion, autant pour celui qui l'écrit que pour ceux
qui le composent, l'impriment, le relient et, parfois, le lisent. Il est certain
qu'il y a une magie de la lettre et de l'encre qui se déploie sur le
papier, entre les vergeures, en filigrane, dans les marges mêmes.
Roland Giguère
En filiation plus ou moins directe avec les signataires de Refus global, Giguère travaille à tâtons, par essais et erreurs, et ne camoufle jamais l'aspect artisanal de sa démarche, tant poétique que picturale. Ses moyens matériels sont loin de concurrencer les quelques éditeurs québécois qui font alors dans l'édition de luxe, et si la facture des premiers recueils d'Erta est impeccable, c'est parce que chaque exemplaire est travaillé avec force détails et beaucoup d'attention. D'ailleurs, Giguère se défend bien de faire du « livre d'artiste », qu'il définit comme un « livre publié à tirage limité, sur grand papier, avec une belle typographie faite à la main et orné d'estampes originales ». La perspective d'Erta n'était donc pas celle du livre d'artiste mais de l'édition expérimentale.