Louis-Marie ― tantôt Elle-Aime, tantôt L.-M. ― s’écoute, encore, parler de Paruline. Comme il est fou d’elle. Cependant, il est à l’extrémité de ne plus pouvoir, bientôt, parler. Il enlève, si l’on veut, une à une, les quelques pierres qui forment la frêle margelle qui retient la fin de la vie de leur vie.

Dans sa tête, surfaite ou défaite, il ne le sait plus très bien, des animaux, en ce moment même, courent partout dans tous les
sens, comme des fous, car ils sentent, sans doute, la présence d’un prédateur aux yeux gonfl és de sang. Il a beau lancer ses chiens savants pour apaiser la menace tapie dans les herbes hautes, rien n’y fait. Même ses chiens ont peur.

Rien n’y fait. Il continue à ne parler que d’elle, à lui-même. Comme s’il avait été inventé pour ne vivre que d’elle. Subitement, tout à l’heure, il a littéralement craqué : il s’est mis, encore, à s’écouter, lui parler, encore plus intensément. Puis, pour apaiser un peu sa douleur, il a serré dans ses rêveries des apparitions d’elle, partout dans toutes les pièces de la maison.

Enfin, pour se rassurer, il se dit que Paruline va bientôt rentrer et qu’il pourra alors de nouveau lui parler, sans s’écouter, lui. Sans avoir à fermer les yeux pour voir cet éclat de l’amour. Pour que cette pureté vive, pour vrai, et conforte Louis-Marie dans l’interprétation de ses rêves, pourtant si réels et si près.

Dans ce roman-puzzle tragicomique, Jean Charlebois entraîne son personnage dans une randonnée intérieure, tout en portant sur Elle-Aime, les siens et les autres ― et le lieu dans lequel « nous sommes » ―, un regard à la fois lyrique, ludique, lucide et singulier.

Elle-Aime
Jean Charlebois
2008, 222 pages, 16,5 X 21,5 cm
ISBN 978-2-922265-52-1
22,00$

Jean Charlebois est né à Baie-Saint-Paul (même si sa mère, elle, a accouché à Québec) en 1945. Parallèlement à une carrière d’écrivain public , - c’est-àdire fabricant de textes sur mesure pour des sociétés publiques ou privées, des musées, des chanteurs, des acteurs, des cinéastes…- il a publié des poèmes, des ouvrages en prose et des romans, dont le plus connu est l’Oiselière. Il a
aussi écrit des chansons pour son cousin, Robert Charlebois et collaboré à plusieurs productions de l’Office National du Film, soit à titre de scripteurscénariste, de traducteur-adaptateur ou de réviseur.
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